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Didier Lockwood, décédé subitement à l'âge de soixante-deux ans, était un violoniste virtuose dont les centres d'intérêt musicaux embrassaient le jazz, la musique classique, l'opéra, le rock progressif ainsi que les musiques traditionnelles du monde entier.
Il était un musicien cher au cœur des Français et comptait des admirateurs aux quatre coins du globe. En apprenant la nouvelle de sa mort — survenue à la suite d'une crise cardiaque au lendemain d'un concert à Paris —, le président français Emmanuel Macron a déclaré : « Sa rayonnante présence, son ouverture d'esprit et son immense talent musical nous manqueront. » Près de quarante ans plus tôt, une autre figure française marquante, le grand violoniste de jazz Stéphane Grappelli, avait dit à son jeune guitariste britannique, Martin Taylor : « Il faut que tu rencontres Didier, c'est un génie. »
Lockwood est né à Calais au sein d'une famille de musiciens. Son père enseignait le violon au conservatoire local. Son oncle Willy jouait de la basse et son frère aîné, Francis — qui allait devenir pour lui une source d'inspiration et un partenaire de jeu —, jouait du piano. Le gène de la musique lui avait été transmis par son grand-père, qui avait donné à la famille son nom d'origine écossaise et s'était installé en France après la Première Guerre mondiale. Connaissant la tradition écossaise du violon populaire (*fiddle*), Didier avait un jour confié au journal *The Herald* qu'il regrettait un peu que son grand-père écossais ait joué de la clarinette plutôt que du violon, le privant ainsi d'un lien avec cet héritage musical écossais.
Il avait six ans lorsque son père commença à lui enseigner le violon ; sept ans plus tard, il jouait régulièrement avec un orchestre de théâtre à Calais. Ses parents — sa mère était artiste — envisageaient pour lui une carrière de violoniste classique. Toutefois, au milieu de son adolescence, Didier entendit son compatriote Jean-Luc Ponty jouer du violon électrique aux côtés de Frank Zappa. Au lieu de poursuivre ses études classiques après avoir obtenu un premier prix au conservatoire de Calais, il provoqua la consternation dans son entourage en rejoignant, à dix-sept ans, le groupe français de rock progressif Magma. À cette époque, son frère Francis était devenu un pianiste de jazz très accompli ; après que Didier eut passé trois années à tourner et à enregistrer avec le groupe unique Magma — dont la musique évoquait une fusion entre Frank Zappa, Richard Wagner et Carl Orff —, les deux frères formèrent le groupe Surya, qui s'inscrivait dans la lignée du Mahavishnu Orchestra du guitariste John McLaughlin. Didier collabora également avec Zao, un groupe issu de la mouvance Magma, puis enregistra avec une autre formation française légendaire, Gong ; c'est au cours de ce parcours qu'il attira l'attention du compositeur et chef d'orchestre français Michel Colombier.
C'est alors que Lockwood jouait aux côtés de Colombier que Stéphane Grappelli le remarqua et le désigna comme son « fils spirituel ». Grappelli invita Lockwood à une tournée européenne ; le style jazz manouche — ce jazz swinguant que Grappelli avait peaufiné avec le guitariste Django Reinhardt — resta cher au cœur de Lockwood tout au long de sa vie.
Lockwood sortit son premier album, *New World*, en 1979 et alterna avec aisance entre le swing et le jazz-rock, alors que Surya publiait enfin son premier album au début des années 1980. Il eut alors l'occasion de jouer et de déployer son incroyable énergie non seulement avec la plupart des grands musiciens de jazz européens — parmi lesquels les pianistes Martial Solal, Gordon Beck et Michel Petrucciani, les bassistes Niels-Henning Ørsted-Pedersen et Henri Texier, ainsi que les batteurs Daniel Humair et Aldo Romano — mais aussi avec des pointures américaines telles que Miles Davis et Herbie Hancock.
Outre sa collaboration continue avec Martin Taylor, entamée lors de la tournée avec Grappelli (ils découvrirent plus tard que leurs grands-pères écossais avaient servi dans le même régiment), Lockwood joua du jazz manouche avec les guitaristes Christian Escoudé et Biréli Lagrène et co-dirigea, durant quelques années, un groupe de jazz-rock tout aussi énergique aux côtés de Mike Stern, ancien guitariste de Miles Davis. Leur concert d'une vitalité extraordinaire au Blue Lamp d'Aberdeen, en 2010, reste gravé dans les mémoires. On ne saurait oublier non plus le concert en duo de Martin Taylor et Lockwood au Perth Theatre en 2004, durant lequel le violoniste déambulait dans la salle tout en jouant avec une agilité remarquable et une réelle profondeur expressive, au-delà de son sens du spectacle.
En 1996, Lockwood avait dévoilé une autre facette de sa créativité en composant et en interprétant un concerto pour violon électroacoustique avec l'Orchestre national de Lille. Il a également composé d'autres œuvres orchestrales, notamment un concerto pour piano et une pièce pour orchestre symphonique et grand orchestre de jazz, ainsi qu'un opéra-jazz et le projet de fusion classique-jazz *Jazz and the Diva*, avec son épouse de l'époque, la soprano Caroline Casadesus. Il avait récemment enregistré un album avec sa seconde épouse, la soprano Patricia Petibon, explorant des musiques du monde entier, et avait sorti en janvier celui qui allait devenir son ultime album, *Open Doors*.
L'énergie de Lockwood ne se limitait pas à la pratique musicale. Il se consacrait également à l'enseignement ; en 2000, il a fondé le Centre des musiques Didier Lockwood à Dammarie-les-Lys, au sud-est de Paris, pour y enseigner l'improvisation musicale à partir de méthodes qu'il avait lui-même élaborées. L'école a obtenu une reconnaissance nationale et accueille...
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